Les barriques de chêne américain – Épisode 3 – Une situation tendue ?

Les barriques de chêne américain – Épisode 3 – Une situation tendue ?

Ces derniers temps, plusieurs facteurs se sont combinés sur le marché des barriques américaines, entraînant une hausse des prix. Nous allons examiner plus en détail cette situation tendue, en nous concentrant également sur la filière des barriques de bourbon et son évolution.

Il est difficile d’estimer précisément la production annuelle de barriques de chêne américain, car les producteurs communiquent peu à ce sujet. Cependant, on estime qu’elle se situe autour de 4 millions de barriques par an. En comparaison, selon la Fédération de la Tonnellerie Française (FTF), environ 575 000 barriques de chêne français sont produites chaque année. Toutefois, certains groupes de tonneliers ne font pas partie de la FTF, donc ce chiffre est probablement supérieur.

La grande majorité des barriques neuves en chêne américain sont destinées à la production de bourbon. La demande de ce secteur des spiritueux est immense, car une décision du Congrès américain datant de 1964 stipule que le « straight bourbon » doit vieillir dans une barrique neuve pendant au moins deux ans. Les distilleries majeures comme James B. Bean, Marker’s Mark, Four Roses et Heaven Hills, situées principalement dans l’État du Kentucky, produisent des centaines de millions de bouteilles de bourbon. Les fûts de bourbon réutilisés alimentent ensuite le marché des fûts usagés, qui intéresse notamment les producteurs de whisky écossais et irlandais, de rhum et de tequila. Pendant longtemps, ces secteurs ont pu se procurer ces barriques de réemploi à des prix avantageux, avec une moyenne d’âge comprise entre 5 et 8 ans.

Cependant, au cours des dernières années, les prix des barriques de bourbon ont connu une flambée en raison d’une demande croissante à la fois de la part des producteurs de bourbon, dont les ventes sont en constante augmentation, et de l’explosion du nombre de distilleries dans le monde. Récemment, la crise dans l’industrie du verre a également contribué à cette tension. Ainsi, en seulement trois ans, le prix d’une barrique de bourbon est passé d’environ 80 dollars à près de 200 dollars, se rapprochant ainsi du prix d’une barrique neuve en chêne américain, qui se situe autour de 280 dollars.

Il existe deux façons d’acquérir ces barriques de bourbon. Soit l’acheteur s’adresse à un courtier qui lui fournit des barriques directement en provenance d’une distillerie spécifique, soit il achète des barriques vérifiées et réparées par des tonnelleries telles que Kentucky Bourbon Barrel, qui fait partie du groupe ISC. Cette deuxième option permet d’acquérir des barriques garanties étanches.

Kentucky Bourbon Barrel – ISC – Louisville

Kentucky Bourbon Barrel, acquise par le groupe ISC en 2017, n’est pas une tonnellerie à proprement parler, mais une unité de contrôle et de rénovation des barriques de bourbon. Elle reçoit quotidiennement des centaines de barriques provenant de nombreuses distilleries de bourbon. Selon Tim Ratliff, le responsable de cette unité, en moyenne, 30 à 40% des fûts reçus nécessitent des réparations pour assurer leur étanchéité. Cela signifie que si vous recevez un conteneur de 210 fûts directement d’une distillerie, environ 70 à 80 fûts de votre lot pourraient être inutilisables.




On peut observer un ballet d’engins élévateurs qui déchargent les conteneurs et placent les fûts de réemploi sur des convoyeurs. Chaque fût est inspecté visuellement, et les défauts sont marqués à la craie : fissures, douelles fendues, douelles de bonde fissurées, douelles de bonde mal percées, etc. Certains fûts sont partiellement démontés pour remplacer des douelles et effectuer des ajustements d’étanchéité. Enfin, l’étanchéité de chaque fût est vérifiée en injectant quelques litres d’eau sous pression. Les barriques sont ensuite marquées et vendues aux producteurs de whiskey américain, de whisky, de rhum et de tequila, ainsi qu’aux producteurs de bourbon pour des périodes de vieillissement plus longues.

Pour l’acheteur de fûts neufs, il s’agit d’évaluer le rapport entre le prix d’achat des fûts et les pertes potentielles engendrées. L’investissement nécessaire pour acheter directement des fûts auprès d’une distillerie est sans doute moins élevé, mais les pertes potentielles (fûts inutilisables, fuites d’alcool à l’usage, etc.) sont pratiquement inévitables. L’achat via une société de rénovation telle que KBB offre une garantie proche de celle des fûts neufs, grâce au savoir-faire et aux moyens techniques d’une tonnellerie. Ces barriques sont peut-être un peu plus chères, mais le surcoût est facilement compensé.

Un risque d’épuisement des ressources ?

Y a-t-il un risque de surexploitation du chêne américain au fil des ans ? Selon Jeffrey Lewis, la disponibilité du chêne américain n’est pas en danger. Les surfaces boisées du pays garantissent une exploitation potentielle pour les 200 prochaines années. La croissance du stock de chêne blanc en forêt est d’environ 1,4% par an depuis 50 ans. Les risques résident plutôt dans la gestion de ces surfaces pour assurer le développement et l’exploitation des chênes. Selon lui, les programmes d’agroforesterie accompagnant les propriétaires et la collaboration avec les universités pour la formation de professionnels font partie de la solution. Il est également nécessaire de sensibiliser le public à la gestion responsable des forêts, car il arrive souvent que des groupes écologiques s’opposent à toute intervention humaine dans les forêts.

Thierry & Gautier Heins

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